
Devenu photographe au début des années 1990, Marcelo Reis (Salvador) enseigne la photographie depuis 1996, une activité qu’il exerce encore aujourd’hui avec passion. Un an plus tard, il fonde la Casa da Photographia, devenue aujourd’hui l’Institut Casa da Photographia, l’une des ...
Devenu photographe au début des années 1990, Marcelo Reis (Salvador) enseigne la photographie depuis 1996, une activité qu’il exerce encore aujourd’hui avec passion. Un an plus tard, il fonde la Casa da Photographia, devenue aujourd’hui l’Institut Casa da Photographia, l’une des principales institutions privées de promotion de la culture photographique en Bahia. Son travail personnel a été exposé dans les principales galeries de Bahia, du Brésil et d’autres pays. Depuis 1999, il développe le projet Rites populaires, en couleur ou en noir et blanc, où il suit une approche esthétique et documentaire en enregistrant les principales manifestations populaires brésiliennes, notamment dans le Nord et le Nord-Est. Parmi elles, se distinguent le Bembé du marché de Santo Amaro da Purificação, à Bahia, et le Círio de Nazaré, à Belém do Pará.
9 œuvresAnthropologieCulture afro-brésilienneColonisationMémoire et histoire
Les navires négriers — ou tumbeiros, comme on appelait également ce moyen de transport maritime qui a amené nos ancêtres africains — ont reçu ce second nom parce qu’une grande partie des voyageurs, des Africains réduits en esclavage entassés dans les cales, mouraient durant le voyage. Ils succombaient aussi au banzo, une mélancolie causée par le mal du pays, la nostalgie de leur peuple et de leur éternelle terre-mère, l’Afrique. Les esclaves africains appartenaient principalement à deux grands groupes ethniques : les Soudanais, originaires du Nigeria, du Dahomey et de la Côte d’Ivoire ; et les Bantous, capturés au Congo, en Angola et au Mozambique. La majorité débarqua à Pernambuco, Minas Gerais et Rio de Janeiro, mais les Soudanais restèrent ici, en Bahia. On estime qu’entre 1550 et 1855, environ 4 millions d’Africains réduits en esclavage arrivèrent dans les ports brésiliens ; un tiers de cette population débarqua en Bahia, majoritairement des jeunes hommes. Ces embarcations, bercées par le son éternel et torturant de la mer, transportaient aussi, au-delà de la nostalgie, une charge d’images qui peuplaient les milliers de pensées de ces hommes presque tous jeunes, et de nombreuses femmes. Les navires négriers portaient également l’imagination de ce qui se trouvait ici, de l’autre côté de l’Atlantique. Pendant des centaines d’années, notre histoire, notre culture et nos imaginaires ont été façonnés par les mémoires, les peurs et les désirs de ces milliers de personnes — des désirs, surtout, de retour chez elles, que ce soit en corps ou en âme. Negreiros, une pensée afro-atlantique n’est absolument pas un film sur la photographie. Il s’agit d’une tentative de rendre visibles des sensations issues d’un imaginaire, de pensées sauvages qui nous habitent encore et qui, durant la difficile traversée afro-atlantique, sur cette mer rouge de sang, occupaient les esprits de ces hommes et femmes, tous noirs, tous forts, tous condamnés à la liberté de construire notre identité afro-brésilienne actuelle. Les images appartenant au film Negreiros, une pensée afro-atlantique, ici présentées et bercées par ce autre son de mer, cette fois de ce côté-ci, en Bahia, qui a accueilli ces personnes au fer et au feu, sont disposées de manière à nous faire réfléchir sur la charge symbolique de notre héritage sacro-culturel qui, jusqu’à aujourd’hui et pour l’éternité, peuplera nos imaginaires, nos nostalgies, nos peurs et nos désirs. Le film Negreiros, une pensée afro-atlantique me fait ressentir combien nos autres ancêtres ont été dissemblables. Ces images me rappellent aussi combien nous devons encore être différents avec nos frères, nos proches et tant d’autres, presque tous hommes, presque tous jeunes, presque tous noirs.





