
Après une double formation en océanographie et en photographie au Brésil, Livia Mezi intègre en 2013 le programme de résidence artistique de l’ENSP à Arles. Durant cette résidence, elle expose au Off des Rencontres d’Arles et est nominée au Prix Voies Off en 2014. Entre 2016 et ...
Après une double formation en océanographie et en photographie au Brésil, Livia Mezi intègre en 2013 le programme de résidence artistique de l’ENSP à Arles. Durant cette résidence, elle expose au Off des Rencontres d’Arles et est nominée au Prix Voies Off en 2014. Entre 2016 et 2018, elle suit le master Photographie à l’université Paris VIII. De sa découverte du fonds photographique de la Bibliothèque nationale de France naît le projet L’enrichissement des collections, qui s’inscrit dans une perspective décoloniale et interroge la place des images européennes dans la construction d’une « fiction » de la nature et du peuple brésiliens. Les institutions, leurs archives et les enjeux de pouvoir liés à l’image photographique deviennent dès lors le principal terrain de recherche de son travail. En 2018, l’artiste oriente sa pratique vers l’étude de l’anthropophagie, pratique fondatrice d’un imaginaire du Brésil. À partir d’une collection de capes utilisées lors de ce rituel, Livia Mezi interroge le pouvoir institutionnel ainsi que les représentations construites par les musées qui les conservent. Ce projet circule, dès ses débuts, dans plusieurs festivals photographiques, tels que Photo Athens, Imago Lisboa ou Circulation(s). En 2021, il reçoit le Grand Prix du Salon de Montrouge. L’année suivante, le Palais de Tokyo lui consacre une exposition personnelle. La même année, ce projet poursuit son développement et est sélectionné pour la résidence de la Fondation Fiminco. C’est à ce moment-là que la pratique de la photographie à la chambre s’impose dans son travail. Depuis 2024, l’artiste consacre sa pratique à une réflexion spéculative sur le futur des musées d’ethnographie, en mobilisant plusieurs médiums tels que la sculpture, l’image et le son. Inscrit dans une perspective de muséologie de la rupture, ce travail interroge les cadres institutionnels hérités de la modernité coloniale et imagine d’autres formes de transmission, de conservation et de mise en récit des collections. Ce projet, à la fois documentaire et conceptuel, prend pour point de départ les objets ayant survécu à l’incendie du Musée national de Rio, avant de se déployer vers la fiction d’un musée vidé de ses collections matérielles, habité uniquement par des images, des récits et des traces. Nourrie par des références à la littérature fantastique latino-américaine, cette recherche convoque des régimes d’apparition et de disparition, où la mémoire et l’oubli, participent à la construction d’un espace muséal instable et en mutation.
7 œuvresAnthropologieColonisationPeuples indigènesMémoire et histoire
De 2018 à 2022, Livia Melzi (Brésil, 1985) développe une réflexion approfondie sur les rituels anthropophages à travers l’étude des régimes de représentation et de leurs incidences silencieuses. Son regard se resserre alors sur les manteaux tupinambá, issus des tribus guerrières tupi de la côte brésilienne, utilisés à l’origine dans des rituels à caractère sacrificiel et symbolique. À partir de ces artefacts, l’artiste agence images et objets afin de construire un dialogue entre le cannibalisme et l’art de la table français, mettant en tension pratiques rituelles, héritages culturels et mécanismes de traduction symbolique. En déployant une enquête visuelle sur ces artefacts à la valeur sacrée, aujourd’hui muséifiés, dispersés et décontextualisés, l’artiste brésilienne façonne une œuvre aux multiples ramifications. Celle-ci engage une réflexion polyphonique autour des notions d’archive et de mémoire, ferments d’une construction identitaire où histoire, culture et colonisation s’entrelacent étroitement. Ces questionnements s’inscrivent dans une actualité brûlante, que Melzi explore en concentrant sa recherche, aux multiples volets, sur ces vestiges du passé. Leur symbolique, maintes fois entravée, continue d’irradier l’art brésilien et les riches heures de sa modernité, dont les fondements furent scellés dans le Manifeste anthropophage (1928) d’Oswald de Andrade.





